Il faut leur dire : discussion avec des enfants de 11 ans

Il faut leur dire : discussion avec des enfants de 11 ans

Par Oxymore

Crédit photo : Zi Zhang Cheng via Unsplash

Beaucoup de personnes ont peur de parler de la réalité des animaux à leurs enfants. Sûrement parce qu’ils ont peur de les désillusionner ou peut-être parce qu’ils ne savent tout simplement pas comment s’y prendre. Une mère dans mon entourage ne voulait pas que sa fille de onze ans regarde les photos des koalas quand il y a eu les feux de forêt en Australie à l’hiver dernier. Ça m’a amené à me poser des questions : est-ce qu’il faut censurer ce genre de contenu? Est-il nuisible pour les enfants de voir la triste réalité? Est-ce qu’on peut leur montrer tout en ayant une discussion avec eux? 

En parlant avec mon frère la semaine passée, j’ai découvert que sa fille Marisol, ma nièce, a vu cesdites photos choquantes. Quelques jours plus tard, elle disait à son père qu’elle voulait faire une collecte de fonds pour aider les koalas. Elle a fait des pots mason avec des ingrédients à l’intérieur pour faire des recettes comme des brownies et des biscuits et a réussi à amasser plus de 1000 $ avec trois autres amies, Lily-Rose, Alycia et Lena (avec l’aide de Jasmine et Sofia), pour soutenir la cause. Ça m’a frappé, parce que j’ai réalisé ce que ça fait de concret, de conscientiser les enfants sur les causes animales. Si elles n’avaient pas eu vent de cette tragédie ou qu’elles n’avaient pas vu ces photos, peut-être n’auraient-elles jamais eu l’idée d’amasser de l’argent. Je me suis dit que c’est comme ça qu’on peut vraiment faire une différence et bâtir la relève. En plus, les enfants ont une sensibilité qui leur permet d’être à l’écoute de ce qui se passe autour d’eux, et même de prendre action.

J’ai donc voulu, aujourd’hui, parler avec elles pour avoir leur opinion sur la question.

Mélina : Comment vous est venue l’idée de faire cette collecte de fonds? Comment avez-vous entendu parler de ce qui se passait en Australie?

Lily-Rose : TVA Nouvelles (rires). Non, pour vrai, c’est grâce à Marisol. 

Marisol : Au début, ma mère voulait faire ça dans son école (elle est enseignante de biologie au secondaire), alors je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée de le faire dans notre école aussi. Et c’est là que j’en ai parlé à Lily-Rose et Alycia.

 

M : Aviez-vous un objectif ou bien est-ce que vous faisiez ça à temps perdu?

Alycia : On s’était donné un objectif. On s’était dit qu’on voulait au moins X nombre de pots mason, mais qu’après, ça pouvait varier. 

L-R : Mais on n’avait pas un gros objectif parce qu’on s’était dit que c’était un petit projet qu’on allait faire, et on savait même pas, à la base, si ça allait être accepté, donc je ne pourrais pas dire c’était quoi l’objectif exact.

 

M : Donc parlez-moi de ce projet, c’était quoi, comment vous est venue l’idée?

L-R : Je crois que c’est le père de Marisol qui a eu l’idée de faire des pots mason. Et nous on a trouvé que c’était une bonne idée! Ça allait pas coûter trop cher, parce qu’on allait ramasser le budget et le séparer pour prendre une petite partie pour payer les ingrédients, et le reste allait aux koalas.

A : On avait eu plusieurs idées, mais quand le père de Marisol nous a donné elle, on a choisi tout de suite!

 

M : Et cette collecte, vous la faisiez à l’école?

Ma : Au début, j’ai invité les filles et on a fait des cartons pour les distribuer dans les classes et leur parler de notre projet. Après, j’ai invité les filles chez moi pour faire des chandails avec des koalas pour nous, et après pour la préparation des pots. Mais dans la préparation, on était plus, on a plusieurs amies qui sont venues nous aider. 

L-R : Faire les pots mason, ça s’est fait bien, on en a vraiment fait beaucoup en peu de temps!

A : On a fait ensuite une récolte au service de garde. Quand les parents venaient chercher leurs enfants, on leur parlait de notre projet. On avait deux kiosques, un pour les pots mason, et un juste pour des dons directs pour les koalas. 

Ma : Ils écrivaient leurs noms sur une feuille et on préparait leurs commandes. Le plus long, c’était compter tous les sous, de devoir les mettre dans des rouleaux pour l’envoyer après à la banque.

 

M : Tantôt, Lily-Rose, tu m’as dit que tu avais vu ce scandale aux nouvelles, mais aviez-vous vu des photos ou vidéos? Moi j’en ai vu, et ça m’a rendu vraiment triste, mais je crois que ça m’a fait réaliser plus ce qui se passait comme c’est loin de nous.

Ma : On en a vu sur des plateformes comme TikTok où il y avait des vidéos qui montraient ce qui se passait. Ensuite, ma mère m’en a parlé et on voyait dans les nouvelles les pompiers et d’autres images. 

A : Je voyais dans les nouvelles ce qui se passait, et je me demandais ce qui se passait avec les animaux dans tout ça pour me rendre compte qu’ils étaient brûlés…

L-R : Mais on a vu des photos des koalas brûlés, sans poils et avec la peau irritée. Moi, personnellement, c’est ce qui m’a allumé le plus sur la situation. J’ai plus pris conscience. 

 

M : Comment est-ce que vous vous êtes senties quand tu as vu tout l’argent amassé? 

A : Au début, l’idée, c’était juste d’adopter un koala. C’est devenu gros et c’était excitant!

 

M : Est-ce que tu étais contente d’avoir le soutien de ton entourage (de tes parents)?

L-R : Moi, ma soeur y croyait pas (que je faisais ça). Mais mon père, maintenant, son fond d’écran, c’est un koala. 

A : Moi, la personne qui m’a le plus appuyée, c’est ma grand-mère. 

Ma : Mon père m’a aidé à m’organiser, ma mère m’a aidé à compter l’argent. Ils ont vraiment été là tout le long du projet.

 

M : J’ai su que tu as acheté un koala, Marisol, c’est quoi que ça veut dire ça?

Ma : Tu adoptes un koala et tu as un certificat. Mais dans le fond, c’est plus pour donner de l’argent à l’association et en retour, c’est comme si c’est ton koala. C’est pour planter des eucalyptus pour les aider. 

 

M : Seriez-vous intéressées à faire d’autres collectes de fonds comme ça dans le futur pour aider les animaux?

A : Moi, ça dépend sur quoi! 

L-R : Sans Marisol, on aurait jamais fait ça. C’est elle qui s’est engagée et ses parents. Mais s’il fallait que je le refasse dans le futur, je le ferai avec un grand oui. J’ai aimé ça faire ça, j’aime faire ça parce que c’est pas inutile, c’est vraiment pour aider. Que ce soit pour une fondation pour les animaux, pour aider les personnes handicapées. 

 

M : Est-ce que tu penses que ce que tu as fait à eu une influence sur tes ami.e.s à l’école?

L-R : D’après moi, il y a bin des personnes qui vont le reproduire dans le futur. J’ai un ami qui m’en parlait souvent qu’il aurait aimé s’impliquer. Je crois que ça a vraiment influencé. 

A : La question, c’est surtout, même s’ils sont intéressés, est-ce qu’ils vont vraiment prendre le temps de le faire : faire les pots, préparer tout, etc. 

 

En ayant cette discussion avec elles, j’ai réalisé l’importance de conscientiser les enfants, de leur parler de ce qui se passe dans le monde. Parce qu’ils vont finir par l’entendre par d’autres, dans les nouvelles, à l’école, sur les réseaux sociaux. 

Quand Lily-Rose m’a dit que voir les images des koalas blessés l’a fait réaliser ce qui se passait vraiment et l’a fait prendre action, ça m’a frappé et ça a confirmé mon sentiment. Il faut en parler, et il ne faut pas censurer. Je ne dis pas tout, mais certaines choses valent la peine d’être partagées. Il faut laisser les enfants être les futurs leaders. Si on leur ferme la porte à clé, ils ne sauront jamais qu’ils peuvent l’ouvrir.